Emprisonné depuis le 3 juillet, au lendemain du coup d’Etat qui l’a destitué, l’ancien président Mohamed Morsi n’a rien perdu de sa défiance et de sa colère contre le nouveau pouvoir égyptien. Présenté, mardi, devant un tribunal du Caire qui le juge pour son évasion de prison lors de la révolte contre Hosni Moubarak, en 2011, il est apparu, vêtu de l’uniforme blanc des détenus, combatif, interpellant la cour. «Qui êtes-vous ?» a-t-il lancé. «Savez-vous qui je suis ?» Morsi, comme les Frères musulmans dont il est issu, n’a jamais reconnu la légitimité du pouvoir incarné par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Abdel Fattah al-Sissi, promu lundi maréchal, et candidat désigné par l’armée pour la prochaine élection présidentielle.
Al-Sissi, qui fût chef des services de renseignement militaires sous Moubarak, a fait arrêter ces derniers mois des centaines de membres des Frères musulmans, ainsi que la plupart des leaders de la confrérie. Il a également ordonné une répression féroce contre les rassemblements des pro-Morsi. Selon l’ONG Amnesty International, 1 400 personnes environ, en grande majorité des islamistes, ont été tuées lors de manifestations.
Al-Sissi impute enfin systématiquement aux Frères musulmans les attentats et attaques contre les forces de sécurité qui se sont multipliées depuis juillet, même si ceux-ci sont souvent revendiqués par le groupe jihadiste Ansar Beït al-Maqdess. Hier, un général de police et conseiller du ministre de l’Intérieur, Mohamed Saïd, a été assassiné au Caire par des inconnus qui ont pris la fuite à moto. Quelques heures plus tard, un groupe de policiers en faction devant une église de la capitale ont été ciblés par des tirs. L’un d’eux a été tué et deux autres blessés.
Luc Mathieu